Femmes en Démocratie

La Conférence Nationale des Forces vives de la Nation : L’Expérience réussie du Bénin : Une source d’inspiration. C’est le thème de la conférence prononcée le jeudi 28 juillet à Versailles au Cap-Haitien par Mme Mirlande Manigat et Marie-Lucie Bonhomme. Elles ont effectué pour le compte de Femmes en Démocratie une mission à Cotonou au Bénin du 4 au 9 juillet dernier où elles ont pu rencontrer les principaux acteurs de la Conférence Nationale des forces vives de la Nation organisée par le Bénin, il y a 15 ans, du 19 au 29 février 1990. Cette institution d’un genre nouveau en Afrique allait provoquer un bouleversement de la vie et des conceptions politiques du pays. Les deux intervenantes ont tour à tour mis l’accent sur le contexte sociopolitique au Bénin à l’époque. Un système financier à la dérive, l’Etat est en banqueroute, l’Administration bloquée, de nombreux secteurs dont les étudiants sont en grève. Le pays est totalement paralysé de janvier à août 1989. Face à cette situation chaotique, le chef de l’Etat, le général Mathieu Kérékou, au pouvoir depuis 17 ans, décide de lancer l’idée d’une Conférence Nationale. A quoi est dû le succès de ces assises? A la volonté de toutes les forces vives du Bénin de trouver un consensus pour permettre au pays de repartir sur de nouvelles bases, a expliqué Mme Manigat à l’assistance. Elle a fait état des préparatifs. Le Comité préparatoire a tout mis en oeuvre pour s’assurer de la participation de tous les secteurs, qu’ils puissent s’exprimer, faire passer leurs revendications. La préoccupation du Comité était que chaque courant d’opinion existant dans la société soit présent à la Conférence Nationale, a ajouté Mme Bonhomme qui a souligné la transparence totale du déroulement des travaux retransmis en direct dans les médias. La Souveraineté, la caducité de la loi fondamentale, le maintien de Mathieu Kérékou comme Président. Ces grandes questions ont secoué la Conférence Nationale. Mais, à chaque fois, Monseigneur Isidore de Souza qui dirigeait les débats a toujours trouvé la bonne formule pour calmer les esprits et ramener les participants à la raison , a indiqué Mme Manigat. Quinze après, Quel est le bilan de l’expérience béninoise de la Conférence Nationale? Un changement politique majeur s’est opéré dans le pays. Plus d’une centaine de partis politiques, de médias privés, ont vu le jour. L’enracinement progressif de la démocratie a permis l’organisation d’élections dans des conditions satisfaisantes et a favorisé l’alternance démocratique. Des institutions de contre-pouvoir ont été créées telles que la Cour Constitutionnelle, la plus haute juridiction du pays présidé par Madame Conceptia Ouinssou, une Béninoise d’origine Haitienne, la Haute Cour de Justice prévue pour juger le Président et les autres membres du Gouvernement, la Cour Suprême, le Conseil économique et social etc… Si la démocratie est renforcée dans ce pays, la situation économique reste fragile, a fait remarquer Marie-Lucie Bonhomme, soulignant que le quotidien des Béninois est peu reluisant. Mais le fait est qu’aujourd’hui, les Béninois cohabitent sans problème. Dans les années 90, la transition démocratique s’est effectuée par la Conférence Nationale dans plusieurs pays africains, cependant seule l’initiative du Bénin s’est révélée une réussite. Doit-on pour autant transposer le modèle béninois en Haiti? Sur ce point, les deux conférencières, Mirlande Manigat et Marie-Lucie Bonhomme, répondent par la négative. Les Haitiens ont besoin de dialoguer, mais à eux et à eux seuls de trouver la bonne formule pour faire un bilan sans complaisance, poser les vrais problèmes et trouver des pistes de solution pour sortir le pays du bourbier. Un fait est certain, l’expérience béninoise a réussi parce que les forces vives de la nation avaient compris que d’un côté ou d’un autre, il fallait faire des concessions, il fallait privilégier les intérêts de la Nation. Après Cap-Haitien, Femmes en Démocratie mettra le cap sur les Cayes, le mercredi 3 août 2005. Cette série de conférences est rendue possible grâce au support de l’USAID via l’OIM, l’Organisation Internationale pour la Migration.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*