Sexisme dans la politique haïtienne, ONU-Femmes présente les résultats d’une étude réalisée par Laenneck Hurbon

La représentante de l’entité des Nations unies pour l’autonomisation des femmes en Haïti (ONU-FEMMES) a présenté, le vendredi 6 avril 2018, à l’hôtel Montana, aux organisations féministes, aux acteurs internationaux et étatiques le résultat du rapport de l’étude sur le sexisme dans la politique dans le pays, réalisée par le professeur Laenneck Hurbon sous le thème : Stratégies de résistance. Cette étude, inscrite dans le cadre du projet de Réduction de la violence faite aux femmes durant les processus électoraux, vise à améliorer l’espace politique pour une meilleure représentation des femmes.

« Renforcer les opportunités pour les femmes à promouvoir leur pleine participation au processus et institution politiques en Haïti, tout en faisant reculer les comportements sexistes qui, très souvent, constituent une entrave à l’exercice de leur citoyenneté », tel est le but de cette recherche de l’ONU-FEMMES, financée par le gouvernement canadien. Une étude qui a cherché à comprendre les manifestations du sexisme en contexte électoral afin d’agir directement sur leurs causes et de contribuer au développement des stratégies de résistance, nécessaire non seulement à une nouvelle représentation des femmes en politique, mais aussi à la bonne santé de la démocratie.

Le motif de cette étude prend racine dans le constat de la représentation (faible) actuelle des femmes à la chambre des députés et au Sénat d’Haïti (3,6% de femmes au sénat et 2,5% à la chambre des députés), et des violences enregistrées contre les femmes candidates lors des élections de 2015-2016.

Pour effectuer cette recherche, des enquêtes ont été menées auprès d’une quinzaine d’organisations de femmes et d’anciennes candidates, mais également avec des institutions nationales et internationales. Les consultants ont cherché à approfondir les causes des violences sexistes et à découvrir les stratégies de résistance des femmes pour leur participation à la vie politique. Selon les responsables, ces violences sont fort souvent verbales et psychologiques.

Selon les résultats de ce travail, les manifestations du sexisme en période électorale sont greffées sur les violences ordinaires que subissent déjà les femmes à la fois dans les espaces privés et institutionnels. « Ces violences sont à la fois symboliques, réelles, et sont mises en oeuvre au travers de toute une stratégie pour reléguer la femme à la vie domestique comme si celle-ci s’opposait naturellement à la vie politique », a fait savoir cette étude qui qualifie ce comportement comme une pratique qui vise à verrouiller l’espace politique comme espace essentiellement masculin pour bloquer l’application du quota de 30% des femmes prescrit par la constitution haïtienne.

Dans son intervention, la représentante de l’ONU-Femmes en Haïti, Nadine Gasman, a invité les hommes à rejoindre les femmes dans cette lutte pour l’égalité. «Le mouvement a besoin de vous autant que vous avez besoin de ce mouvement pour vous défaire des stéréotypes de genre qui sont aussi néfastes pour les hommes que pour les femmes », a-t-elle lancé. Elle a aussi souligné la campagne de transformation sociale entamée par les des Nations unies. Plus connue sous le nom de « HeForShe », cette campagne cherche à encourager les hommes à intégrer la lutte contre les stéréotypes sexistes et les inégalités de genre. « Sans se substituer aux femmes, les hommes ont intérêt à travailler à leurs côtés pour une société plus juste, équitable et égalitaire », a précisé Nadine Gasman.

De son côté, la ministre à la Condition féminine et aux droits des femmes, Eunide Innocent, a montré l’intérêt de son ministère pour les recherches sur le genre. « J’ai rénové et augmenté le fonds documentaire du Centre de documentation sur les questions de genre du MCFDF qui est l’unique centre public spécialisé dans cette littérature. Actuellement, je réfléchis sur un partenariat avec l’Université d’État d’Haïti et le ministère de l’Éducation nationale en vue de l’adoption de mesures visant à soutenir et à encourager la recherche sur les expériences et les vécus des femmes haïtiennes », s’est enorgueillie Mme Eunide Innocent.

Par ailleurs, l’étude prend en compte le principe de la masculinité positive et propose de renforcer les moyens de lutte contre les violences sexistes et d’adapter la stratégie appelée Woman situation room expérimentée dans plusieurs pays d’Afrique (par exemple Nigeria, Guinée, Kenya). Cette stratégie consiste à créer un environnement favorable grâce à la mobilisation de divers acteurs (media, associations de femmes, groupes d’avocats etc…) susceptibles de former un véritable observatoire dont l’objectif est de pouvoir réagir en temps réel contre les violences sexistes et faciliter ainsi une plus grande participation des femmes dans la vie politique.

Woovins St-Phard

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